Portfolio Artistique

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Rapport à l’Image

J’ai toujours détesté être prise en photo. D’aussi longtemps que je me souvienne, je me suis toujours crispée quand l’objectif se braquait vers moi.

Il y a un an et demi environ, j’ai souhaité me réapproprier mon image, ou plutôt me l’approprier, et j’ai décidé d’affronter cet objectif qui m’effrayait tant, dans un projet artistique assez fou, aux côtés d’une photographe toute aussi folle, que j’espère vous dévoiler avant la fin de l’année.

C’était le premier pas.

J’ai depuis continué cette exploration de celle que je suis, et la photo m’a beaucoup aidée. Nous nous définissons en tant qu’individu par l’Image, c’est ce que nous transmettons non seulement aux autres, mais aussi à nous-mêmes. La quête de son Image n’est pas du tout superficielle, bien au contraire, ce dont on se rend compte lorsque l’on pose.

Nous sommes vulnérables face à l’appareil photo. Nous ne pouvons pas nous cacher. Certains diraient que c’est là l’art des illusions, et en effet, sur ce cliché je choisis ce que je montre. Vous ne voyez pas le reste de la pièce, les affaires éparpillées un peu partout, le regard plein de jugeance des chats, ou même simplement la disposition des lumières. Ce qui se passe hors cadre vous est inaccessible, mais tout ce qui se trouve dans celui-ci est vrai.

C’est moi que je montre. Maquillée, habillée, en contrôle, mais malgré tout très vraie. J’endosse un rôle – mon rôle –, mais celui-ci est sincère.

Exposer ce que je suis est une étape supplémentaire. La photo se perdra dans les flux d’Instagram, mais malgré tout elle aura été offerte au public, partagée, et des yeux étrangers auront vu, juste un instant, cette parcelle d’intériorité que je souhaitais montrer.

Dès lors, comment ne pas croire que oui, une photo, c’est un bout d’âme ?


La Cave

Nous avons toutes une cave, un lieu où nous apprenons à mettre ce qui est inconvenant dans notre société, tout ce qui dérange, mais qui fait pourtant bien partie de nous. Ce que nous y jetons ne cesse pas d’exister. Au contraire, ça pourrit, ça grandit, ça s’anime d’une vie purulente et incontrôlable, et ça ressort de temps à autre. Les mauvaises odeurs nous parviennent dans notre petite vie toute rangée. Parfois une simple gêne. Parfois, un monstre personnel qui empêche l’évolution et l’épanouissement.

Mais la cave n’a pas à être un lieu de débarras. Je lui préfère une atmosphère secrète, intime, où je veux me sentir bien, que mon enfer personnel soit agréable. Un autre temple intérieur, plus atavique. Les tabous sont une encre pour mon art, après tout, et d’où viennent mes textes, si ce n’est de ma cave ?

Je veux être cette femme qui ose descendre dans son intériorité. Celle qui aime arpenter ses ombres, qui en prend conscience peu à peu et les assume, parce que sans ombres, point de lumière. Artistiquement bien sûr, mais aussi personnellement, car l’artiste et l’œuvre ne font qu’un à mon sens, et le catharsis de l’un est le catharsis de l’autre.

Je ne veux plus que l’ordre moral et froid, que des préceptes religieux et paternalistes m’entravent et me condamnent parce que je suis vivante, vibrante et désirante. Je préfère mille fois une force créatrice, fût-elle ténébreuse, inconstante, brûlante et condamnée par tous, à l’obéissance réconfortante.


Rouge

Si je devais choisir une couleur, ce serait indiscutablement le Rouge. Ce n’est pourtant pas celle que l’on devine le plus chez moi. C’est une couleur que j’ai longtemps cachée, ainsi que ce qu’elle évoque, l’exprimant surtout par l’Art.

Je la portais bien sûr un peu – surtout le Bordeau – mais ne la vivais pas pleinement.

Le Rouge évoque beaucoup de choses. C’est à la fois la couleur du feu et celle du sang, celui qui coule dans les veines et celui qui jaillit des blessures. La Couleur de Mars, de la guerre, et d’Éros, de la passion.

Si vous m’avez rencontrée au détour d’un salon ou dans la vie mondaine, vous n’avez peut-être pas vu le Rouge, ou seulement un bref aperçu. Je m’habille plutôt en Noir (qui je le rappelle n’est pas une couleur) et il émane de moi une énergie douce et forte, mais plutôt contrôlée.

Si vous m’avez lue, en revanche, vous n’avez pu que la sentir. Entre ma mageresse flamboyante, mes amantes passionnées et mes vampires dévorants, tout est là. Si vous prêtez attention aux livres que j’ai soutenus dans la maison d’édition, là encore, le sang y est très présent.

Le Rouge brûle en mon sein et avec cette série je voulais lui faire hommage, non pas comme simple goût, mais comme essence. Je suis dans une démarche d’appropriation de mon Feu personnel, et cette flamboyance que j’ai toujours aimé faire ressentir, je ne souhaite plus l’exprimer seulement dans un petit âtre contrôlé. Vient l’heure du brasier et l’intention de la consumation, l’incarnation incendiaire et le don de soi aux flammes.


Burn the Witch

Burn the Witch

La sorcière est très importante pour moi. C’est une figure qui m’a toujours passionnée et accompagnée dans mon imaginaire, si bien que mon Art comme mon identité sont intimement liés à son image.

Elle représente pour moi la femme et le féminin dans ce qu’il a de plus absolu. La femme est un concept blessé et meurtri dans notre civilisation (et pas que dans la nôtre), un concept effrayant, même, si bien qu’il a été mutilé, compartimenté, contrôlé. Il y a la mère, la prude et la p*** (je mets des petites étoiles pour ne pas me faire censurer…). La femme – les femmes – doivent rentrer dans ces cases. Ne surtout pas dévier.

Il y a toute la pression sociale pour s’assurer qu’elles n’en sortent pas. Le poids de la maternité. Le contrôle des corps et de l’apparence qui, dans un monde hypersexualisé, ne doit surtout rien laisser transparaître au risque d’être taxée de p*** (je reviens sur ce mot qui ne pose aucun souci dans la bouche d’un agresseur lambda dans le métro, mais qu’on ne devra surtout pas mettre ailleurs. Ça fait mauvaise genre. Et puis c’est horrible d’être p***, ce métier devenu gros mot). Le poids de la contraception. La charge mentale…

Ne sortez pas du rang, si vous ne voulez pas être brûlée. Car oui, la sorcière est pour moi cette femme qui ne rentre pas dans le rang. Bien sûr, la plupart des « sorcières » qui ont été brûlées n’étaient pas des femmes libres, juste des victimes exterminées parce qu’elles étaient femmes, tout simplement. Mais LA sorcière n’est pas les sorcières.

LA sorcière est celle qui a dit non aux règles autres que les siennes, celle qui a choisi de s’écouter et de n’obéir à Dieu(x) le(s) Père(s). Et j’honore cette femme en moi, celle qui ne se soumet pas, ne se soumettra jamais.

Autant brûler.

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Autant brûler.

C’est un choix qui se pose dans chaque existence, à un moment ou l’autre. Les rêves et les aspirations se heurtent non pas à la réalité, mais à la société. Il y a une voie « facile », celle que l’on nous enseigne à l’école. Faire des études dans une filière pleine de débouchés (quel mot atroce). Trouver un travail stable. Fonder une famille. Consommer.

Travail, Famille, Consommation, trois piliers que l’on retrouve depuis la plus tendre enfance. Je les connais, j’ai essayé de me conformer à ceux-ci. Le salariat est tellement rassurant, c’est la voix royale. Tout était plus facile quand j’étais salariée, et pourtant, tout était si vide de sens…

C’était une prison confortable. Même pas dorée, juste facile. Il m’a fallu plusieurs étapes pour m’en évader. D’abord, j’ai lancé ma maison d’édition et je suis devenue artiste. Ça fait peur comme choix de vie, mais ça brûlait en moi depuis tellement longtemps… Quand j’en ai eu l’occasion, je l’ai saisie.

Première rébellion

Je suis devenue déviante à ce moment. J’avais encore un pied dans la prison, je pouvais y revenir. C’est une des choses qui m’effrayait dans la transition, il y a encore deux ans : je savais que si ça devenait public, je brûlerais ni plus ni moins tous les ponts avec mon ancienne vie. Je foutrais le feu à ma prison et je ne pourrais plus revenir dans l’enceinte rassurante de ses murs froids. Je ne sais pas si vous avez déjà vu des reportages animaliers où on montre les premiers pas d’un fauve dans la savane, après un long moment en cage. Il y a un mélange de peur et d’attirance pour l’inconnu, l’inconnu qui est pourtant sa nature profonde.

C’était ça, mon bucher. J’ai brûlé mon ancienne vie et j’ai joué avec les flammes, sorcière libérée par l’étreinte rougeoyante d’une vraie vie. Platon sortait de la caverne. J’aime tellement mieux sortir du brasier.

Libre.

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Libre.

Le bucher est une punition de la société. C’est le regard de toutes celles et tous ceux qui n’ont jamais embrasser leur sorcière intérieure, qui préfèrent rester dans leur prison confortable.

Ils passent un jugement constant sur tout ce que vous faites, ce que vous êtes, et ce jugement est pour beaucoup plus effrayant que toute autre chose au monde. Ils déterminent ce qui est acceptable et ce qui ne l’est, à l’aune de leurs propres peurs et limitations.

Cela vaut pour les hommes et les femmes, qui ont des rangs bien assignés dans la société (quant aux êtres humains qui ne se reconnaissent pas dans ces codes, leur place n’existe même pas officiellement, tant la société est limitée).

Mais que se passe-t-il vraiment lorsque l’on entre de soi-même dans ce bucher que les autres n’ont de cesse d’ériger ? Lorsque l’on accepte son individualité, son unicité, et qu’on ne craint plus la brûlure ? N’est-ce pas le moment où nous réalisons que tout cela n’était pas si terrible ?

J’ai marché dans les flammes (si le musical de Buffy vous revient en tête, c’est normal) et c’est sans doute la meilleure chose qui me soit arrivée. Je ne peux que vous conseiller de faire de même :

Burn the Witch.


Autrice

Je n’ai pas toujours su poser devant l’objectif. Pendant toute une vie, c’était même terrible pour moi, j’étais mal à l’aise au possible et les clichés rendaient rarement bien. Et puis, un jour, Louise Le Bars m’a conseillé de jouer les modèles. Je ne me souviens pas précisément, mais j’ai dû lui faire de gros yeux.

Moi ? Modèle ?

La blague…

Les mots étaient prononcés, malgré tout, et je les ai gardés en moi pendant quelques lunes. Et puis, à un moment, j’ai eu l’idée d’un projet. Un projet important. Rarement fait (jamais ?). Où moi seule pouvait me trouver devant l’objectif.Je ne peux pas encore vous parler du projet en question, mais je peux vous dire deux mots sur la photographe.

Il s’agit de Bronwyn Eibon, qui ne me connaissait ni d’Ève ni de Lilith quand je suis venue vers elle, avec zéro expérience. Le projet lui a plu et on a commencé à travailler ensemble. Peu à peu, j’ai appris à incarner ce corps qui est désormais le mien, à aimer l’appareil photo, à aimer mon reflet.

Je ne crois pas que j’en serais où j’en suis sans elle et je suis heureuse de vous présenter un petit travail annexe que nous avons fait ensemble. Des photos d’autrice où elle a su faire ressortir mon univers artistique, à l’aide de l’appareil.